Cabinet PALMIER & Associés
AVOCAT SPÉCIALISTE EN DROIT PUBLIC

AVOCAT SPÉCIALISÉ EN MARCHÉ PUBLIC - DÉLÉGATION DE SERVICE PUBLIC - AVOCAT SPÉCIALISÉ EN RÉFÉRÉ PRÉCONTRACTUEL

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Le recours en nullité dirige contre le contrat
- Introduction
- A quoi sert le recours Tropic Travaux Signalisation?
- Qui peut saisir le juge du contrat?
- Quand peut-on saisir le juge du contrat?

- Comment peut-on saisir le juge du contrat?
- Quels moyens invoquer devant le juge du contrat?
- Comment gérer la procédure ?

Selon une jurisprudence ancienne et constante, les personnes qui ne sont pas parties à un contrat administratif ne peuvent en demander l’annulation en justice : seules les parties peuvent, si elles estiment ce contrat invalide, demander au juge d’en constater la nullité.

Ce principe ne connaissait, jusqu’à aujourd’hui, que des exceptions ponctuelles : le préfet peut ainsi, dans le cadre du contrôle de légalité des actes des collectivités territoriales, demander au juge administratif d’annuler un contrat passé par l’une de ces collectivités ; les usagers d’un service public peuvent lui demander d’annuler les clauses, à caractère réglementaire, des contrats par lesquels est déléguée la gestion de ce service public ; enfin, les personnes y ayant intérêt peuvent lui demander d’annuler le contrat de recrutement d’un agent public non titulaire.

Dans les autres cas, la seule voie de droit ouverte aux tiers pour contester un contrat est indirecte et complexe : elle consiste à demander l’annulation des actes administratifs dits « détachables » du contrat lui-même, par exemple la décision de conclure ce contrat. En cas d’annulation de l’un de ces actes à la demande d’un tiers, le juge peut en effet, dans certains cas et sous certaines conditions, enjoindre aux parties, qui ont seules qualité pour ce faire, de le saisir d’une demande tendant à ce que soit constatée la nullité du contrat.

Quant aux autres recours ouverts aux tiers en matière contractuelle, en particulier le référé précontractuel, qui permet à toute personne ayant vocation à conclure un contrat tel qu’un marché public ou une délégation de service public de demander au juge de faire cesser un manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence pesant sur l’administration, ils ne peuvent plus être exercés après la signature du contrat.

Par une décision du 16 juillet 2007, l’Assemblée du contentieux, la plus haute formation de jugement du Conseil d’État, a profondément modifié cet état du droit en ouvrant aux concurrents évincés de la conclusion d’un contrat administratif un recours leur permettant de contester directement devant le juge administratif, après sa signature, la validité de ce contrat. Ce recours peut en outre être assorti d’une demande tendant à ce que le juge des référés ordonne, à titre conservatoire, la suspension de l’exécution du contrat.

CE, 16 juillet 2007, Société Tropic travaux signalisation, N° 291545

« Considérant que, indépendamment des actions dont les parties au contrat disposent devant le juge du contrat, tout concurrent évincé de la conclusion d’un contrat administratif est recevable à former devant ce même juge un recours de pleine juridiction contestant la validité de ce contrat ou de certaines de ses clauses, qui en sont divisibles, assorti, le cas échéant, de demandes indemnitaires ; que ce recours doit être exercé, y compris si le contrat contesté est relatif à des travaux publics, dans un délai de deux mois à compter de l’accomplissement des mesures de publicité appropriées, notamment au moyen d’un avis mentionnant à la fois la conclusion du contrat et les modalités de sa consultation dans le respect des secrets protégés par la loi ; qu’à partir de la conclusion du contrat, et dès lors qu’il dispose du recours ci-dessus défini, le concurrent évincé n’est, en revanche, plus recevable à demander l’annulation pour excès de pouvoir des actes préalables qui en sont détachables ».

g A quoi sert le recours Tropic Travaux Signalisation ?
Les candidats évincés peuvent ainsi contester directement la validité du marché lui-même après sa conclusion, et demander son annulation, dans le cadre d’un recours de plein contentieux.

CE, 16 juillet 2007, Société Tropic travaux signalisation, N° 291545

« Considérant que, ainsi saisi de telles conclusions par un concurrent évincé, il appartient au juge, lorsqu’il constate l’existence de vices entachant la validité du contrat, d’en apprécier les conséquences ; qu’il lui revient, après avoir pris en considération la nature de l’illégalité éventuellement commise, soit de prononcer la résiliation du contrat ou de modifier certaines de ses clauses, soit de décider de la poursuite de son exécution, éventuellement sous réserve de mesures de régularisation par la collectivité contractante, soit d’accorder des indemnisations en réparation des droits lésés, soit enfin, après avoir vérifié si l’annulation du contrat ne porterait pas une atteinte excessive à l’intérêt général ou aux droits des cocontractants, d’annuler, totalement ou partiellement, le cas échéant avec un effet différé, le contrat ; que, par ailleurs, une requête contestant la validité d’un contrat peut être accompagnée d’une demande tendant, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, à la suspension de son exécution ».

g Qui peut saisir le juge du contrat ?
Le Conseil d’Etat n’a admis cette nouvelle possibilité de recours qu’en faveur des candidats évincés lors de la passation d’un marché public, et non au profit d’autres catégories de tiers pouvant également justifier de droits lésés (par exemple : les contribuables locaux, sous-traitants…..).

La notion de concurrent évincé est entendue strictement par le juge administratif.

Il refuse ainsi de reconnaître cette qualité aux concurrent qui ont fait acte de candidature et qui ont par la suite renoncés en cours de procédure et ce, semble-t-il, quels que soient les motifs ayant conduit le candidat à ne pas poursuivre la procédure (TA Caen, ord., 15 mai 2008, n° 0801068, Sté foncière d'investissements immobiliers et Sté Foncim).

g Quand peut-on saisir le juge du contrat ?
Le Conseil d’Etat a précisé les conditions dans lesquelles cette nouvelle possibilité de recours ouverte aux candidats évincés d’un marché public devait s’exercer, à savoir dans un délai de deux mois à compter de l’accomplissement, par le pouvoir adjudicateur, des mesures de publicité appropriées, « notamment au moyen d’un avis mentionnant à la fois la conclusion du contrat et les modalités de sa consultation dans le respect de secrets protégés par la loi » ;

Attention : Il convient d’être très vigilant sur la date de signature du contrat. Si le pouvoir adjudicateur transmet une simple télécopie informant les candidats évincés de la date de signature du contrat et du lieu où les pièces du marché peuvent être consultées alors le délai de recours débutera à compter de la date de récépissé de la télécopie !

Attention : Si le marché n’est pas signé à la date d’introduction du recours, ce dernier est irrecevable (TA Paris 18 nov.2008, Sté SIEVE France- TA Toulouse 11 décembre 2007, Sté COFATECH CORIANCE).

g Comment peut-on saisir le juge du contrat ?
Le recours Tropic est un recours de plein contentieux. Le ministère d’avocat est donc obligatoire. Le recours en contestation de validité du contrat doit être formé devant le Tribunal administratif territorialement compétent.

g Quels moyens invoquer devant le juge du contrat ?
Les moyens invocables sont nombreux et ne tiennent pas uniquement à la méconnaissance des règles de publicité et de mise en concurrence, à la différence de ceux pouvant être admis par le juge des référés contractuel et précontractuel.

A l’appui de sa requête, le concurrent évincé peut demander au juge administratif:

g soit de prononcer la résiliation du contrat ou modifier certaines de ses clauses ;

g soit de demander l’annulation du contrat;

g soit accorder des indemnisations en réparation des droits lésés ;

Le requérant peut également réclamer l’indemnisation du préjudice qu’il estime avoir subi (voir fiche n°86).

Le recours doit contester la validité du contrat, de sorte qu’un recours en annulation d’un acte détachable du contrat ne saurait être analysé comme ayant un tel objet, quand bien même la finalité poursuivie par le requérant serait la même (Conseil d’Etat, 22 décembre 2008, n° 313677, Société Berri Développement).

g Comment gérer la procédure ?
Attention : si le requérant demande à la fois la nullité du contrat conclu avec l’entreprise concurrente et l’indemnisation du préjudice subi, son recours s’assimile à un recours en contestation de la validité du contrat.

En revanche, si le requérant se contente de réclamer l’indemnisation du préjudice subi, son recours s’assimile en un véritable recours indemnitaire (voir fiche n°86) et le juge ne pourra dès lors prononcer l’annulation du contrat (TA Caen, ord., 15 mai 2008, n° 0801068, Sté foncière d'investissements immobiliers et Sté Foncim).

Le candidat évincé peut également assortir sa requête en annulation du contrat d'une demande tendant à la suspension de son exécution (référé suspension).

Cependant le succès de cette demande suppose que la condition d’urgence posée par l’article L. 521-1 du Code de justice administrative soit satisfaite.

De plus, la recevabilité d’un recours en référé suspension est assujettie à l’existence d’un recours au fond sollicitant l’annulation du contrat, et non pas une simple contestation de sa validité (TA Nancy, ord., 21 avr. 2008, Groupement d'entreprises Boulay TP et Sté Routière de l'est SAS).


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